Association pour la Promotion de l'Alsace en Roumanie
Installée en France depuis une douzaine d'années, Liliana Lazar a choisi la langue de sa terre d'adoption pour évoquer son pays natal, la Roumanie, des années 1970 à la révolution de 1989. Son écriture y trouve la simplicité qui convient à cette histoire rurale, et même sylvestre, aux protagonistes frustes, pour dire le moins ; elle lui confère le ton d'un conte singulièrement noir.
La Terre des affranchis, c'est littéralement le nom du village qui fournit le cadre du roman, Slobozia -à l'origine, une référence à l'émancipation
d'esclaves tsiganes au XVIIIe siècle. Dans la forêt environnante, un lac obscur hanté par les moroï (morts-vivants), la « Fosse aux lions », forme un trou noir où quelques existences
viennent achever leur trajectoire. La faute à Victor le bûcheron, alias « Bœuf muet », tueur en série simplet ; mais dans sa cache, il copie les écrits religieux que le pouvoir
communiste a voués à la destruction.
Autour de lui gravitent des prêtres orthodoxes victimes ou suppôts, selon leur conscience, de la Securitate, un sorcier tsigane, des villageois prompts
au lynchage. Affranchis, les habitants de Slobozia ? Au contraire : une humanité inquiète sous le joug des pulsions, de la tradition, de la dictature, de l'Eglise, des parts d'ombre de
son passé collectif.
Les ondes de choc de l'histoire roumaine parviennent à Slobozia pour se dissiper dans les eaux opaques de la Fosse aux lions. « Avant la
Révolution, tout le monde faisait semblant d'être athée, désormais tout le monde faisait semblant d'être croyant. » Malentendu et imposture : Victor le tueur copiste devient un héros,
voire un saint. Au delà du bien et du mal, le récit trouve son sombre credo : « Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas ».
« Terre des affranchis », Liliana Lazar, éditions
Gaïa, 198 pages, 18 €